![]() | Peter-Martin |
Peter Martin est-il peintre ? Sa création aligne les objections ; n’expose-t-elle pas photo, installations, sculptures ? Oui, mais… des sensations persistent, des souvenirs insistent, un univers infuse au spectateur des impressions tenaces, un réseau de signes s’immisce qu’il dévisage peu à peu : des traits… Des traits ? Bien sûr, regardez son travail s’il le faut encore : ses tracés, ses pointillés, ses quadrillages, ses carrés en grillage, ses lignes d’air qui aèrent, ses lignes d’erre qui s’échappent en poursuivant leur lancée1, développent leur élan. Aucun doute, une esthétique éclaire en les disposant, les dix œuvres présentées : celles d’un graphiste, d’un calligraphe, d’un géomètre peut-être. D’un habitué, d’un habité des grafs’ sur la crête des toits. Suivons ce créateur monte-en-l’air, moins voleur que saisi par l’appel de l’écriture, sa syntaxe des formes : griffe, zébrage, herse révèlent l’appel des signes, l’éclair du langage ; portés par eux, Peter Martin situe, repousse, intègre, appelle et dévoile : le corps composé ou décomposé mais encore en marche, la mémoire éclairant sa galerie de portraits, entre présence et absence. L’artiste compose ces mélodies sur le mode mineur, entre évocation, saudade, rumeurs du large. D’autres modalités suivent, toutes incisives, branchées, tranchées. Sorties de secours, emergency exits détournent le buzz du temps, son angoisse, ses triggers : les femmes bien sûr, l’heur de vérité qu’elles appellent. L’on accompagne le plasticien en son voyage, compactant avec lui certitudes, préjugés et attentes en un rapide baluchon ; ou obéissant à insert coin, l’on s’exécutera, au propre comme au figuré. Les écrivains y liront un sourire à l’autofiction (meurtre de la personne au profit de ce drôle de pistolet que devient l’auteur). L’on terminera ce parcours très habité par la poignante composition rouge que l’on imaginerait arty donc chinoise ; elle ne l’est pas bien sûr, mais s’est fait « humaine jusqu’au tragique » aurait dit Lacan. Courbée par l’adversité, mouvante et empalée ; pas encore agonisante, frappée d’impuissance mais en élan, encore. Cette main aura-t-elle accompli, résolu, célébré ce vers quoi elle s’élançait ? La voici échouée, atteinte en plein cœur ; mais frémissante, loin du pompier. Œuvre, à elle seule… Pas de doute, Peter Martin a rencontré Kafka : l’art est, comme la prière, une main tendue dans l’obscurité qui veut saisir une part de grâce pour se muer en une main qui donne. C' est fait.